Avril - Mai 2008 • n° 578 • Le technicien du film •

jacques richard en tournage
C’est à la
cinémathèque
de Henri
Langlois que
Jacques Richard
a fait
ses premières
armes
cinéaste.
L’OMBRE D’UN GÉANT
Jacques Richard ou la nouvelle vague des années 80. Après son film fleuve sur Henri Langlois qui n’a pu laisser aucun cinéphile indifférent,il nous parle de son dernier documentaire sur les métiers du cinéma.
 

Pourquoi ce documentaire ?
Je crois bien qu’il n’existait aucun document qui interroge ainsi tous les professionnels. Le cinéma passionne bien évidemment les cinéphiles, mais le grand public aussi se demande à quoi correspondent tous ces métiers qui sont soit des vocations, soit le fruit de rencontres fortuites : réalisateur, bien sûr, mais aussi producteur, ingénieur du son, directeur de la photographie, accessoiriste, bruiteur, etc.
J’ai choisi, de m’adresser, pour chacun d’entre eux à de grands professionnels reconnus par leurs pairs. Ce choix a été bien évidemment subjectif. Je suis allé soit vers des techniciens avec lesquels j’avais eu moi-même l’opportunité de travailler, soit vers d’autres avec lesquels je serais ravi de collaborer sur de prochains films.
Ils viennent tous d’horizons cinématographiques différents, certains ont travaillé avec Téchiné ou Godard, d’autres avec Zidi ou Mocky, mais tous partagent cette même passion du cinéma et parlent la même langue. Le cinéma, d’où qu’il vienne est une sorte d’espéranto réussi.

 
Claude Lelouch
Claude Lelouch
dans
Cinema,
Ma Belle
Intrigue
 

Ces portraits sont une chance unique de se faire une idée des métiers du cinéma, ils pourront peut-être à leur tour susciter des vocations ou préciser à quoi correspond véritablement tel ou tel titre : quel est le travail d’un directeur de production ou d'une d’ensemblière ? On pourra s’attarder sur tel métier ou négliger tel autre, pour ceux qui n’auront pas le temps de voir la totalité de ces 23 portraits qui représentent près d’une heure et demie de programme. A l’évidence, cette radiographie de la profession restitue l'état du cinéma français d’aujourd’hui, à l’aube d’une mutation, où la généralisation du numérique va représenter un tournant comparable au choc de l’avènement du cinéma parlant en 1929. Quoiqu’il en soit, et pour notre plus grand plaisir, l’histoire du cinématographe, 112 ans après son invention, continue de s’écrire.

Jacques Richard avec Henri Alekian

Jacques Richard et le chef opérateur Henri Alekian

 

Que diriez-vous à un jeune qui désirerait se lancer dans un métier du cinéma ?

Faire du cinéma, ce n’est pas un métier comme un autre, c’est aussi un art. Les techniques apprises se réinventent à chaque film et selon les réalisateurs pour qui l’on travaille : chacun a sa recette.

C’est pourquoi le cinéma est si difficile à enseigner, même s’il existe de très bonnes écoles. Commencer « sur le tas » est souvent la meilleure formule, car rien ne remplace l’expérience vécue sur un plateau de cinéma, ses contraintes, ses imprévus, ses solutions ponctuelles, souvent inédites.


Avez-vous constaté une évolution dans votre métier de réalisateur ?

Aujourd'hui, le réalisateur se doit de faire en amont le travail du producteur s’il veut avoir une chance de concrétiser son projet. C’est à dire qu’une fois le scénario écrit, il doit faire son casting, ses repérages et effectuer les premières démarches de préfinancement. Par exemple, en trouvant une région qui subventionne le film. Il apporte ainsi au producteur un film prêt à tourner. Beaucoup de producteurs aujourd’hui n’investisent pas dans le développement des films. Je parle essentiellement pour les jeunes réalisateurs et les réalisateurs-auteurs. De même, les castings bankables concernent une cinquantaine d’acteurs que l’on retrouve chaque année d’un film à l’autre. Les comédiens même connus et talentueux, s’ils ne sont pas dans ce Top 50, n’intéressent absolument pas les diffuseurs. Il s’agit bien de cela, ce sont les diffuseurs TV qui président au droit de vie ou de mort sur un projet. C’est ce qui explique le manque
de diversité et d'ambition artistique du cinéma Français actuel. Nous sommes revenus en pire aux temps d’avant la Nouvelle Vague, quand les producteurs prenaient parfois des risques. Le mot d’ordre réducteur de la période actuelle, c’est « Comédie Sociétale », ce qui extermine quasiment dans les faits tout le vrai cinéma d’auteur.

 


Et pour vos projets actuels ?


Deux films de long métrage, La Jeune Personne , déjà en production, co-écrit avec Roland Topor avec principalement : Isild Le Besco, Melvil Poupaud, Dominique Pinon, Serge Riaboukine, Dominique Frot. C’est l’histoire d’un sérial- killer fétichiste qui s'entiche d'une jeune fille à qui il manque un bras.
Un autre film encore à l’écriture, Selection Officielle. Il s'agit d'une comédie plus légère sur les coulisses du monde du cinéma et des festivals

la jeune personne- Topor
 
Le fantôme d'Henri Langlois
 
 

"LA VIE D'ARTISTE - Sombre, souterrain, suspect, JACQUES RICHARD mérite le détour"

INTERVIEW DE JACQUES RICHARD POUR LA REVUE “CINEMATOGRAPHE“

Olivier Darmon : “Cinéaste, c’est une activité rentable ?“
Jacques Richard : “Oui, l’un dans l’autre. (rires). Tu fabriques un objet, et tu es par conséquent dans un rapport de production. L’argent circule. Evidemment, il faut beaucoup se battre … Cela signifie des discussions avec les banques, des cavales d’argent parfois avec des amis : une économie dehaute voltige. Il faut un brevet de pilote, savoir décoller et attérir aussi.

Quand j’ai débuté, j’arrivais d’Angers, je ne connaissais personne dans le cinéma, donc impossible de trouver un stage. Résultat : il a fallu que je me donne très vite l’occasion de faire mon premier film. Ce fût “LE VIVARIUM“ avec Fabrice Luchini, Mchael Lonsdale et la chanteuse Catherine Ribeiro. J’avais vingt ans.C’était l’époque où je faisais les castings dans ma chambre de bonne du XV° arrondissement : les comédiens devaient monter six étages à pied et passer devant les chiottes avant de s’asseoir dans le bureau.
On me reprochait alors de faire des films fauchés. Peu après j’ai eu  l’équivalent de 25 millions d’euros pour “AVE MARIA“, on m’en a voulu d’avoir autant d’argent, c’était en 1984.

 

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